Réponse rapide : la télématique embarquée regroupe les équipements qui enregistrent et transmettent les données du camion et de son conducteur. Depuis le 1er juillet 2026, le tachygraphe intelligent version 2 s’impose aux utilitaires légers de plus de 2,5 tonnes roulant à l’international. Selon Berg Insight, 18,1 millions d’unités étaient actives en Europe fin 2024. Pour le conducteur, le sujet a deux faces : une preuve en contrôle, une question de surveillance.
L’essentiel en 6 chiffres
- Le ministère chargé des Transports fixe au 1er juillet 2026 au plus tard l’équipement en tachygraphe intelligent version 2 des utilitaires légers de plus de 2,5 tonnes roulant à l’international.
- L’article R. 3315-11 du Code des transports punit d’une contravention de 5e classe, soit 1 500 €, l’incapacité de présenter les données des 56 jours précédents.
- L’article L. 3315-4 du même code fait de la falsification du tachygraphe un délit, puni d’un an d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende, avec immobilisation du véhicule.
- Berg Insight recense 18,1 millions d’unités de gestion de flotte actives en Europe fin 2024, pour un taux de pénétration de 26,7 % du parc utilitaire européen.
- Le même cabinet attend 30,5 millions d’unités et 42,8 % de pénétration en 2029, soit une croissance annuelle moyenne de 11,0 % du parc installé.
- L’informatique embarquee de Sinari se décline en trois modules, TELEMATICS, MOBILITY et TIME MANAGEMENT, avec jusqu’à 30 % de temps annoncé sur la collecte des données tachygraphe.
Ce que le boîtier enregistre, en langage clair
Un système télématique tient en trois morceaux. Un boîtier fixé dans le véhicule, relié au bus de données du camion. Une puce de géolocalisation par satellite, le GPS (Global Positioning System, système de positionnement mondial). Une carte SIM qui envoie le tout vers un serveur, où l’exploitant consulte les données.
Le tachygraphe, lui, est un appareil distinct et réglementaire. Il enregistre les temps de conduite, de travail, de disponibilité et de repos. La version 2 du tachygraphe intelligent, imposée par le règlement UE (Union européenne) 2020/1054 du paquet mobilité, ajoute l’enregistrement automatique des passages de frontière et le contrôle à distance par les forces de l’ordre.
Le périmètre de l’obligation est souvent mal compris. Selon le ministère chargé des Transports, elle ne vise que les véhicules circulant dans un État membre autre que celui d’immatriculation, donc l’international et le cabotage. Un transporteur strictement national n’est pas soumis au rétrofit. La Commission européenne a annoncé une application stricte de l’échéance du 1er juillet 2026, sans report.
Douze acteurs de l’informatique embarquée présents dans les cabines françaises
Deux familles cohabitent sous le pare-brise. Les spécialistes de l’embarqué poids lourd, dont le métier part du tachygraphe et de l’activité du conducteur. Les généralistes de la gestion de flotte, dont le métier part de la position du véhicule.
Les spécialistes de l’embarqué poids lourd
- Sinari. Éditeur français installé à Cesson-Sévigné, près de Rennes, présent depuis plus de 30 ans sur le transport et la logistique. Sa gamme réunit Sinari TELEMATICS, Sinari MOBILITY et Sinari TIME MANAGEMENT. L’éditeur annonce jusqu’à 30 % de temps gagné sur la collecte des données tachygraphe et cartes conducteurs.
- AddSecure. Quatrième fournisseur aftermarket européen avec 320 000 abonnés fin 2024 selon Berg Insight. Sa filiale française, AddSecure Smart Transport, est installée à Guipavas, près de Brest. Le groupe déclarait en juillet 2026 à Europe Camions environ 17 000 caméras embarquées installées en France et 630 clients français.
- Transics, groupe ZF. Née à Ypres, en Belgique, la société est passée sous pavillon WABCO en 2014, puis dans le groupe allemand ZF avec le rachat de WABCO finalisé en 2020. Ses boîtiers TX-SKY et son back-office TX-CONNECT restent très présents sur la longue distance européenne.
- Truckonline. PME iséroise créée en 2011 à Voiron, centrée sur le télédéchargement et l’exploitation des données tachygraphe. Elle revendique plus de 15 000 véhicules équipés en dix ans, environ 400 clients et 6 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ses dirigeants en ont repris le contrôle en juillet 2025.
- Trimble, devenu Platform Science. L’activité télématique transport de Trimble a été cédée à l’américain Platform Science, opération bouclée le 10 février 2025. L’entité européenne, dont le siège est en Belgique, revendique 160 salariés et douze bureaux en Europe. Les boîtiers restent en service dans les cabines.
Les généralistes de la gestion de flotte
- Targa Telematics. Selon Berg Insight, le groupe italien exploitait 900 000 unités fin 2024 et occupait le premier rang des fournisseurs dits aftermarket en Europe, soit des boîtiers posés après la sortie d’usine.
- Webfleet. Filiale de Bridgestone Europe depuis le rachat de TomTom Telematics en 2019, la marque comptait 752 000 abonnés en Europe fin 2024 selon Berg Insight. Aucun prix public n’est affiché, la vente se fait sur devis.
- Michelin Connected Fleet. Issue du rachat de Masternaut en 2019, l’entité revendique 660 000 véhicules, 70 000 clients et une présence dans 48 pays. Là encore, pas de grille tarifaire publique.
- Scania Fleet Management. Premier des constructeurs sur ce terrain, avec 461 000 abonnés actifs en Europe selon Berg Insight. Son boîtier Communicator est monté en série depuis fin 2011 : le camion arrive connecté.
- Daimler Truck Fleetboard. Le service du constructeur allemand comptait 382 000 abonnés actifs en Europe fin 2024, toujours selon Berg Insight. Comme chez Scania, le conducteur découvre l’équipement déjà installé.
- Quartix. Société britannique cotée à Londres, indépendante des constructeurs, elle déclarait 91 675 véhicules et 9 784 clients en France dans son rapport annuel 2025. Ses offres vont de 10,99 € à 14,99 € par véhicule et par mois.
- SuiviDeFlotte. Marque de la société SETIPP, basée à Tours, elle revendique plus de 60 000 véhicules équipés. Ses tarifs publics vont de 10,90 € à 16,90 € hors taxes par véhicule et par mois en géolocalisation.
Tableau comparatif
| Acteur | Prix public | Positionnement | Volumétrie Europe |
|---|---|---|---|
| Sinari | Non publié pour la gamme embarquée | Éditeur français, siège à Cesson-Sévigné | Non publié |
| AddSecure | Aucun, devis | Spécialiste de l’embarqué, filiale française à Guipavas | 320 000 abonnés (Berg Insight, fin 2024) |
| Transics (groupe ZF) | Aucun, devis | Filiale d’un équipementier allemand | Non publié |
| Truckonline | Aucun, devis | PME française, siège à Voiron | Plus de 15 000 véhicules en dix ans |
| Trimble, devenu Platform Science | Aucun, devis | Éditeur américain, siège européen en Belgique | 160 salariés, 12 bureaux en Europe |
| Targa Telematics | Aucun, devis | Fournisseur aftermarket indépendant | 900 000 unités (Berg Insight, fin 2024) |
| Webfleet (Bridgestone) | Aucun, devis | Filiale d’un équipementier pneumatique | 752 000 abonnés (Berg Insight, fin 2024) |
| Michelin Connected Fleet | Aucun, devis | Filiale d’un équipementier pneumatique | 660 000 véhicules, 70 000 clients, 48 pays |
| Scania Fleet Management | Aucun, devis | Constructeur, boîtier monté en série | 461 000 abonnés actifs (Berg Insight) |
| Daimler Truck Fleetboard | Aucun, devis | Constructeur | 382 000 abonnés actifs (Berg Insight) |
| Quartix | 10,99 € à 14,99 € par véhicule et par mois | Indépendant coté à Londres | 91 675 véhicules en France (rapport annuel 2025) |
| SuiviDeFlotte | 10,90 € à 16,90 € HT par véhicule et par mois | Indépendant français, siège à Tours | Plus de 60 000 véhicules équipés |
Tarifs vérifiés en août 2026. Confirmez auprès de chaque fournisseur.
Méthode : cinq questions à poser sur un camion équipé
- Quelles données sortent du véhicule et à quelle fréquence ? Position, vitesse, consommation, temps de conduite : la liste doit être écrite noir sur blanc. Un conducteur a le droit de savoir ce qui remonte de sa cabine.
- Qui y accède, et pendant combien de temps sont-elles conservées ? L’exploitation, l’atelier et le service paie n’ont pas les mêmes besoins. La durée de conservation doit être justifiée par une finalité précise.
- Le télédéchargement du tachygraphe est-il automatique ? C’est le point le plus concret. L’article R. 3315-11 du Code des transports sanctionne d’une contravention de 5e classe, soit 1 500 €, l’impossibilité de présenter les données des 56 jours précédents.
- Les alertes servent-elles à corriger ou à sanctionner ? Une alerte de freinage brusque peut nourrir un entretien de formation ou une remontrance. La différence tient à ce que l’entreprise en fait, pas à la technologie.
- Que se passe-t-il en cas de panne ou d’incident isolé ? Beaucoup de systèmes intègrent une fonction de protection du travailleur isolé. Demandez qui reçoit l’alerte et sous quel délai une réponse est prévue.
Les erreurs à éviter
- Croire que l’obligation concerne tout le monde. Selon le ministère chargé des Transports, seuls les véhicules circulant dans un autre État membre que celui d’immatriculation sont visés par l’échéance du 1er juillet 2026.
- Toucher au tachygraphe. L’article L. 3315-4 du Code des transports qualifie la fraude ou la falsification de délit, puni d’un an d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende, avec immobilisation du véhicule.
- Négliger le télédéchargement. L’amende de 1 500 € prévue à l’article R. 3315-11 tombe même quand le conducteur a respecté ses temps de conduite, s’il ne peut pas le prouver sur les 56 derniers jours.
- Ignorer la face surveillance. Un boîtier qui trace en continu la position d’un salarié n’est pas un outil neutre. Poser la question de la finalité et de l’accès aux données à l’installation évite les conflits ensuite.
- Confondre télématique et tachygraphe. Le second est réglementaire dans son périmètre, le premier est un choix d’entreprise. Un boîtier de géolocalisation ne dispense d’aucune obligation légale.
FAQ
La télématique peut-elle me faire perdre mon emploi ? Elle produit des données utilisables dans une procédure, comme tout outil de suivi professionnel. Ce qui compte est l’usage qu’en fait l’employeur. Demandez la note interne décrivant les finalités du dispositif.
Est-ce que ça peut jouer en ma faveur ? Oui, et c’est la face la moins racontée. Les enregistrements horodatés permettent de contester une infraction mal relevée, de prouver un temps d’attente non payé ou de documenter un retard qui ne vous est pas imputable.
Mon camion de 2015 est-il concerné par le tachygraphe intelligent version 2 ? Selon le ministère chargé des Transports, les véhicules de plus de 3,5 tonnes mis en circulation avant le 15 juin 2019 et engagés à l’international devaient être équipés au plus tard le 31 décembre 2024.
Combien ça coûte à l’entreprise ? Peu d’acteurs publient leurs prix. Quartix affiche 10,99 € à 14,99 € par véhicule et par mois sur contrat de 36 mois, SuiviDeFlotte de 10,90 € à 16,90 € hors taxes. Les autres ne communiquent aucun tarif public.
Le boîtier est-il déjà dans le camion neuf ? Souvent, oui, chez les constructeurs. Scania monte son Communicator en série depuis fin 2011. Chez les fournisseurs indépendants comme Targa Telematics, le boîtier est installé après coup, ce qui explique le terme aftermarket.
Que se passe-t-il si mon fournisseur est racheté ? Le marché se concentre : Transics est passé chez ZF, la télématique transport de Trimble chez Platform Science en février 2025. Le matériel reste en cabine, mais l’interface et le contrat évoluent.
En résumé
La télématique embarquée est devenue un objet du quotidien pour le conducteur poids lourd, avec une échéance réglementaire nette au 1er juillet 2026 pour les utilitaires légers de plus de 2,5 tonnes à l’international. Elle protège autant qu’elle observe : elle fournit la preuve exigée par l’article R. 3315-11 du Code des transports, et pose en même temps une question de surveillance qu’il vaut mieux traiter à l’installation qu’après le premier litige.
